Je reçois en consultation une jeune fille de 13 ans, Cécile (que je nommerais ainsi pour l’article), venue avec sa mère et sa grande sœur pour « perdre du poids ».
En posant les quelques premières questions, la maman me dit que sa fille a un « problème de poids ».
Dès lors je me retourne vers la fille et lui demande :  » qu’attends-tu de moi?  » Tout bonnement elle me répond : « je veux perdre ». J’enchaîne alors :  » en quoi est-ce important pour toi de perdre ? » Et elle me répond qu’elle souhaitait se sentir bien. Et je continue : « ça veut dire quoi bien ? « 
« Hmm bien dans ma tête bien dans mon corps, à l’école on rigole de moi…. » et les mots ont laissé place aux larmes, faisant couler celles de sa mère aussi.
Choquée, elle m’avoue qu’elle ne pensait pas que sa fille vivait si mal cette situation.

Je demande à consulter la courbe de poids dans le carnet de santé. Chose que je fais systématiquement pour étudier l’histoire du poids des enfants et ados. La maman n’avait pas pensé à l’apporter et me l’apporta la fois d’après.

En effet, à la consultation suivante, elles reviennent avec le carnet. Je l’ouvre à la page de la courbe de croissance et on s’aperçoit que la jeune fille est en dehors de la courbe de poids à l’âge de 10 ans. Mais la courbe prenait déjà une allure croissante dès l’âge de 7 ans.
A ce moment-là, en leur montrant la courbe et le chiffre 7, je leur demande : « que s’est-il passé quand Cécile avait 7 ans ? « 
Un silence envahit la mère, essayant de se remémorer les années passées.
Un silence rompu par la jeune fille :  » je sais, c’est pas le moment où tu as divorcé ? « 

S’en est suivi de 45 min de discussion. 45 min qui ont permis de mettre en évidence cet événement mal vécu par la jeune fille, et qui explique sa prise de poids.

Personne, ni de moi ni de la jeune fille ni de la mère, ne s’attendait à découvrir tout ça au moment d’ouvrir le carnet de santé. C’est comme si on avait ouvert la porte et on avait regardé « enfin » comment Cécile, la dernière de la famille, a vécu ses 6 dernières années.

A chaque consultation nous partons à l’aventure, à la découverte, nous ne savons jamais à quoi s’attendre.
Mais à chaque fois c’est une rencontre humaine et enrichissante pour nous.

Ainsi, l’alimentation peut être un refuge émotionnel. Il est important de ne pas sous-estimer son pouvoir réconfortant, en particulier lors de telles situations, et consulter précocement un spécialiste (psychologue, nutritionniste, ou autre) afin d’apprendre à gérer ses émotions et éviter de sombrer dans la dépendance affective alimentaire. 

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